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L'obsession d'Hastyr

par Veggnar Barbe-Cendrée

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Attention, ce récit utilise sons et animations. En savoir plus sur Dreams.

"Tink, tink, tink..."

Le bruit des coups de pioche retentit au fond de la mine.

"Tink, tink, tink..."

Un jeune nain s'affaire, seul, à extraire quelques fines traces de cuivre de la roche.

Le filon n'est pas bien riche, mais il est suffisant pour subvenir aux besoins de la petite vie simple qu'il mène avec sa femme.

Ils n'en demandent pas plus.

Une journée ordinaire se termine. Hastyr récupère sa maigre récolte et s'en retourne chez lui retrouver sa bien aimée Elska.

Si le couple ne roule pas sur l'or - ni même le cuivre - il n'en est pas moins heureux et coule des jours paisibles.

Un bon repas, une soirée au coin du feu, une bonne nuit de tendresse et de sommeil. De quoi remettre sur pieds un jeune nain qui repart au travail le lendemain matin, toujours aussi motivé.

Mais ce jour-ci ne sera pas comme les autres.

Toujours au fond de sa mine, éclairé par sa petite lampe, Hastyr continue son avancée dans la galerie.

"Tink, tink, tink..."

Les coups de pioche se suivent et se ressemblent, jusqu'à ce que l'un d'entre eux dévoile la présence d'une profonde fissure dans la roche.

Le nain peut sentir un courant d'air provenant de cette fissure, comme s'il y avait un espace ouvert de l'autre côté.

Il tente de jeter un oeil, aidé de la lueur de sa lampe, mais rien à faire, la fissure est trop fine et trop profonde pour y déceler quoi que ce soit.

En tendant l'oreille, il peut cependant entendre un bruit lointain. Une voix de femme ? Une mélopée ? Il ne saurait dire. Mais le son l'intrigue, l'attire. Il se remet à creuser.

Au fil de son avancée, le son se fait plus présent. Il en est sûr à présent, il s'agit d'un chant. Un chant magnifique, qu'Hastyr aimerait entendre davantage.

Le soir, lorsqu'il retourne près de sa femme, il est un peu plus distrait qu'à l'accoutumée. Elska ne se formalise pas et se dit qu'il est probablement fatigué.

Durant la nuit, le nain repense à la voix provenant de la fissure. Il n'a qu'une hâte : reprendre le travail le lendemain.

Au petit matin, Hastyr s'empresse de retourner creuser. Elska est un peu triste, mais elle le laisse partir. Le couple a besoin des ressources de la mine.

"Peut-être a-t-il trouvé un filon prometteur," se dit-elle.

Le jeune mineur ne pense pourtant pas au cuivre en se rendant dans sa galerie. Le chant se fait encore entendre. Il est toujours aussi beau, toujours aussi envoûtant.

Le nain progresse dans la roche, guidé par la fissure. Le chant ne s'arrête jamais, Hastyr est sous le charme.

A la fin de la journée, la fissure n'a toujours pas dévoilé ses secrets. La voix se fait toujours entendre, mais le nain doit se rendre à l'évidence, ce n'est pas aujourd'hui qu'il en découvrira l'artiste.

Il se décide finalement à rentrer chez lui, bien plus tard que dans ses habitudes. Elska s'est inquiétée. Elle lui demande ce qui s'est passé, mais son mari, dont l'esprit est resté au fond de la mine, lui répond distraitement de ne pas s'en faire. Ca ne la rassure pas.

La soirée et la nuit se passent, puis au petit matin, très tôt encore une fois, Hastyr reprend la route du travail.

"Tink, tink, tink..."

Au fil des jours, les coups de pioche se font de plus en plus matinaux et de plus en plus tardifs.

"Tink, tink, tink..."

La fissure n'en finit pas. Le jeune nain n'en voit pas le bout. Mais ce chant qui ne s'arrête jamais continue d'embrumer son esprit.

Elska retrouve chaque soir, toujours plus tard, un mari épuisé et distant.

Elle tente de dialoguer, mais rien n'y fait. Hastyr se ferme totalement. Il lui répond de plus en plus agacé, haussant le ton, entrant parfois dans des colères noires qu'Elska n'avait jamais connues auparavant.

Hastyr devient presque violent. La jeune naine n'est pas du genre à se laisser faire, mais la situation la plonge dans le chagrin et l'incompréhension.

Son compagnon ne le remarque même pas. Il est omnubilé par la voix qui résonne sans cesse dans sa tête.

Le lendemain matin, le mineur s'est remis à la tâche avant même le réveil de sa femme.

"Tink, tink, tink..."

Il se rapproche, il le sait, il le sent.

"Tink, tink, tink..."

La journée passe. La nuit tombe.

Elska est toute seule à la maison. Hastyr n'est toujours pas rentré.

Elle s'inquiète. Et s'il lui était arrivé quelque chose ?

Elle ne tient plus en place. Elle attrape une lampe et prend le risque de le rejoindre au fond de sa mine.

Alors qu'elle progresse au coeur de la galerie, elle commence à entendre le chant. Mais rien qui ne témoigne de la présence de son compagnon. Pas de bruit de pioche, pas de voix.

Son estomac commence à se nouer.

Enfin, elle arrive au bout de la galerie. Hastyr est là, allongé sur le sol. Elska se précipite à ses côtés.

Il n'est pas blessé, il semble être tombé d'épuisement. Elle pousse un soupir de soulagement.

La naine ne parvient pas à le réveiller. Hastyr est plongé dans un profond sommeil.

A l'inquiétude succède la colère. Elska est bien déterminée à comprendre d'où vient ce chant. Elle veut savoir ce qui manipule ainsi l'esprit de son compagnon.

Saisissant la pioche gisant à terre, elle se met à creuser à son tour. Malgré le bruit, Hastyr reste noyé au royaume des songes.

Une faible lueur commence à filtrer au travers de la fissure. Le chant se fait plus clair. La paroi a presque cédé.

Ca y est ! Un dernier coup de pioche et la roche s'écroule, dévoilant une immense caverne au milieu de laquelle trône une statue représentant une femme, perchée sur un piédestal.

Un puits de lumière, surplombant la caverne, permet à un rayon de lune d'éclairer la statue.

L'immense salle semble avoir autrefois été accessible par différents tunnels. Des entrées sont encore identifiables le long des parois, mais toutes semblent condamnées depuis bien longtemps.

Les yeux d'Elska se posent sur la statue, qu'elle observe de pied en cap, réalisant l'incroyable beauté de la femme immortalisée ici.

Le regard de la naine s'attarde sur l'immense chevelure qui orne la tête de cette statue.

Une chevelure sculptée avec une incroyable précision, où chaque mèche, parfois chaque cheveux, est représenté.

Une chevelure au travers de laquelle passe le vent qui descend du puits de lumière.

Et chante. Chante de cette façon si surnaturelle.

Les mains de la naine se crispent sur le manche de sa pioche.

Des larmes de colère lui montent aux yeux.

Elle se rue sur la statue, usant de la pioche pour en abattre les jambes.

Elle crie, elle pleure, évacuant toute sa rage.

Peu à peu, la statue perd son équilibre. Elska s'écarte et l'observe chuter lourdement sur le sol, se brisant en partie.

La naine n'en reste pas là. Elle parachève son oeuvre en prenant soin de réduire en miettes chaque partie de la statue.

Lorsqu'elle reprend son souffle, il ne reste plus qu'un amas de gravas méconnaissable.

Elle laisse tomber sa pioche et retourne près de son compagnon.

Hastyr est toujours inconscient.

Elle le ramasse sur ses épaules et reprend le chemin vers leur foyer.

Trois jours durant, le nain reste endormi.

Lorsqu'il se réveille, le chant a disparu de son esprit, emportant avec lui le souvenir de ces derniers jours.

Hastyr n'a aucune idée de ce qui s'est passé.

Elska préfère garder pour elle ces événements. Elle a retrouvé celui qu'elle aime, et c'est tout ce qui compte.

Quelques semaines ont passé, le couple a repris une vie normale.

Profitant du beau temps, les deux nains s'occupent de leur potager.

Ils sont heureux, Hastyr sifflotte en travaillant.

Il sifflotte un air qui glace le sang de sa compagne.

Un air qu'elle reconnaît aussitôt.

Celui qu'elle a entendu quand elle faisait face à cette affreuse statue...