Une aiguille dans une botte de foin

par Pyrkaan

Hurlevent. La capitale du Royaume des Humains était impressionnante, tant par ses édifices que par les nombreux peuples qui la traversaient. Retrouver notre fille dans une telle cité n'allait pas être chose aisée.

Nous ne connaissions que très peu les Royaumes de l'Est, trop occupés à prendre soin des nôtres, sur le site de l'Exodar. Hélas, à présent, nous regrettions de ne connaître personne, de ne savoir où aller pour obtenir des indices qui faciliteraient notre recherche. Bien sûr, nous avions tenté de questionner les gardes de la ville, mais bien que notre peuple ne fut pas le plus représenté en ville, aucun ne sut nous répondre avec exactitude s'il avait pu voir le visage de Simaneï.

Notre fille n'était pas plus familière des Royaumes de l'Est, elle ne pouvait donc avoir déjà quitté la ville. Elle était forcément là, quelque part, à se renseigner. Malheur, elle avait peut-être déjà trouvé ce qu'elle cherchait, elle préparait peut-être son départ, ou son apprentissage. Le temps nous était compté, nous devions faire vite.

Notre enquête continua ainsi durant des jours, puis des semaines. Toujours aucune trace de Simaneï. La fatigue et le désespoir commençaient à s'emparer de nous. Nous errions à présent dans les bas-fonds de Hurlevent, dans les tavernes, à interroger les individus les plus suspicieux que nous pouvions croiser. Puis, au détour d'une taverne, notre salut se manifesta sous la forme d'un Nain et d'un Gnome.

C'était la première fois que nous croisions des gens qui prenaient véritablement à coeur notre problème. Nos recherches avaient attiré leur attention, aussi proposèrent-ils leur aide. Une aide plus que bienvenue, tant il devenait difficile pour nous d'avancer dans nos recherches. Wimble, le Gnome, comptait parmi ses amis un mage du Kirin Tor, qui était très au fait de l'activité magique de Hurlevent et serait en mesure de retrouver la trace des gens les plus susceptibles d'interresser Simaneï dans sa folle quête de puissance.

Ce mage, Kreny, nous emmena alors dans un endroit dont nous ne soupçonnions même pas l'existence. Cette ville abritait un véritable repère empreint de magie corrompue, démoniaque. Bien entendu, il n'y avait personne, les occupants ayant sans doute été prévenus, de quelque manière que ce soit, de notre arrivée. Malgré tout, ce fut la plus importante avancée dans notre enquête depuis notre arrivée : nous découvrîmes dans cet endroit l'un des effets personnels de notre fille.

Si la perspective de la savoir auprès de ces démonistes nous inquiétait davantage, cette découverte nous sortait quelque peu du brouillard. Nous avions une idée plus précise de ses agissements, et nous savions qu'elle était près de nous.

Nous décidâmes de surveiller cet endroit. Elle finirait par revenir, elle ou l'un des démonistes qui l'accompagnaient, et qui nous mènerait à elle, de gré ou de force.

Finalement, ce fut Boradin, le Nain que nous avions rencontré à la taverne, qui fut le premier à croiser Simaneï. Elle suivait une Humaine, son mentor, jugea-t-il. Il nous raconta qu'il ne put rien faire, que notre fille ne voulait rien entendre. Cela nous brisa le coeur, de la voir ainsi aveuglée par la corruption.

Neerah prit alors la décision de lui confier un pendentif, un précieux cadeau que Simaneï lui avait confectionné étant enfant. Elle espérait qu'à la vue d'un objet aussi chargé en émotions, le choc serait de taille à lui faire reprendre ses esprits. Boradin nous promit de faire son possible, et nous attendîmes des nouvelles du Nain, tout en continuant nos recherches de notre côté.

Quelques jours plus tard, Boradin nous revint, hâté par la nouvelle qu'il avait à nous partager. Il avait recroisé Simaneï, qui aurait accepté le pendentif, manifestement troublée. Elle aurait ensuite retrouvé son mentor, discrètement suivie par le Nain, au détour d'une ruelle sombre. En lui faisant part de ses doutes, de son envie de tout arrêter, elle se serait attiré la colère de son professeur. C'est à ce moment que Boradin intervint, tuant la démoniste, et permettant à Simaneï de prendre un nouveau départ.

Il l'avait mise à l'abri. Le Nain nous y conduisit, au pas de course. Le sien. Jamais leurs courtes jambes ne m'avaient autant frustré. J'avais hâte de retrouver ma fille. J'étais tellement heureux de pouvoir enfin la serrer dans mes bras. Ma petite Simaneï qui, loués soient les Naaru, allait bien mieux à présent.

Il y avait malgré tout quelque chose dans son regard, quelque chose de sombre, mais qui n'était pas démoniaque. Je suppose que nous ne saurons jamais ce qui s'est vraiment passé dans cette sombre ruelle...