Disparue

par Neerah

Mon bébé était parti. Un jour Simaneï disparut, sans explication.

Nous savions déjà qu'elle ne s'adaptait pas à notre nouvelle vie en Azeroth... Plus que les changements de nos habitudes et de notre mode de vie, elle n'acceptait pas le mépris de certains de nos frères envers les Krokul. Nos autres frères... moins chanceux. Et puis cette incompréhension s'était transformée en colère, et l'avait guidée vers une voie qu'elle aurait dû ignorer à jamais.

Je fus la première à découvrir son départ. Il n'y avait aucune note mais ses effets n'étaient plus là. Je sus d'emblée que c'était définitif. Malgré la perte de plusieurs mondes, je n'ai jamais pleuré comme ce jour-là...

Sur ce nouveau monde, Pyrkaan et moi appliquions les principes chamaniques de Nobundo et nous encouragions Simaneï à s'ouvrir aux autres chemins que celui de l'unique Lumière. Nous ne pensions pas qu'elle viendrait à s'en détourner complétement. Peu à peu nous comprîmes qu'elle voyait en la Lumière une ennemie, une traitresse qui avait abandonné les survivants de notre village en Draenor.

Quant aux éléments ils lui importaient peu...

J'avais pour ma part lié assez aisément le contact avec les différentes entités élémentaires. Et j'avais tenté de l'inclure dans mes dialogues fréquents avec l'Eau, l'élément le plus enjoué et le plus facile à atteindre. Mais elle ne s'y intéressait guère. Pourquoi, disait-elle, implorer des forces que l'on peut soumettre totalement ?

Elle se repliait sur elle-même. Fuyant les prêtres, reniant peu à peu nos croyances et cherchant autre chose. Une forme d'arcanes plus puissante. Elle voulait atteindre le moyen de sauver les Krokul, d'enrayer leur transformation et surtout, de prouver aux Draeneï que la Lumière n'était pas toute puissante.

Nous réalisâmes finalement que la présence des Elfes de Sang sur l'Ile de Brume-Azur l'avait influencée.  Ce n'était plus ma petite fille. Ses yeux devenaient chaque jour de plus en plus froids. Et les disputes familiales se faisaient régulières. Elle cherchait à atteindre une magie que nous redoutions. Aveuglée par la séduisante puissance de cette dernière, elle pensait pouvoir ainsi sauver nos Roués et prouver à notre peuple leurs torts.

Nous comprîmes tout de suite qu'elle était partie en quête de ce savoir. Tout en sachant que c'était une piste veine, nous allâmes espionner le camps des Elfes de Sang. Mais bien sûr, il n'y avait pas trace d'elle. Les gardes de notre peuple n'auraient pas laissé Simaneï partir là-bas. Et elle n'était pas assez folle pour ne pas reconnaitre ses ennemis.

Il n'y avait nulle part ailleurs, sur notre île, où apprendre la magie obscure qu'elle coinvoitait. Le seul bateau qui quittait nos rivages allait à Darnassus, en territoire allié. C'était notre unique piste. Nous n'avions pas hésité longtemps avant de faire nos paquetages et de quitter Brume-Azur.

Les Elfes de Darnassus ne nous furent pas d'une grande aide. Trop habitués à voir accoster des Draeneï, ils n'y faisaient plus particulièrement attention et aucun d'entre eux ne sut dire avec certitude s'il avait vu notre fille. Nous ne restâmes pas longtemps dans la capitale des Kaldorei. Rien n'aurait pu y intéresser Simaneï qui poursuivait les voies obscures.

Nous aurions pu abandonner là. Nous n'avions pas d'indices. Mais l'espoir ne nous quittait pas.

Nous partîmes à Sombrivage, la côte la plus accessible de Kalimdor, sans plus de précisions.

Durant le voyage mon coeur se faisait lourd. Nous ne pouvions laisser notre enfant s'aventurer sur ce chemin maléfique. Aussitôt qu'elle commencerait à effleurer la démonologie, son temps serait compté. Il n'avait pas fallu longtemps avant que ceux de notre peuple qui avaient survécu aux Orcs n'opérent leur métamorphose. Si Simaneï venait à être coupée de la Lumière, elle deviendrait inexorablement une Krokul. Nous devions la retrouver au plus vite.

Mais, une fois sur place, ce fut encore une fois la déception. Aucun murmure de l'eau, aucun bruissement du vent ne nous indiqua la présence de notre fille. Nous poussâmes nos recherches du côté du clan du Marteau du Crépuscule. Ces adeptes vénéraient des Dieux inquiètants qui auraient pu attirer notre fille.

Hélas de la vallée des Briselances au Bosquet des Anciens, rien n'indiquait son passage...

Il fallut nous rendre à l'évidence : notre fille était partie beaucoup plus loin, beaucoup plus vite que nous ne l'avions imaginé. Simaneï n'avait pas d'elekk quand elle était partie, pas plus que de l'argent pour louer ou acheter une autre monture. Elle n'aurait pu traverser facilement la région de Sombrivage et encore moins traverser les montagnes qui menaient vers le reste de Kalimdor. Le seul moyen pour elle de rejoindre rapidement la civilisation et les membres de l'Alliance capables de lui enseigner la magie corrompue était de prendre le bateau pour Hurlevent. Simaneï n'avait jamais dû poser le sabot à Sombrivage. Nous avions perdu un temps précieux.

Et c'est plein de fureur contre nous-mêmes que nous repartîmes vers Darnassus, pour attendre longuement ce fameux navire qui avait emporté notre fille vers les Royaumes de l'Est. Nous attendîmes deux semaines entières avant qu'un bateau n'accoste. Bloqués, fous d'inquiétude et impuissants nous entamâmes enfin l'interminable traversée.

Nous étions prêts à tout pour retrouver notre fille.